La Gazette Saint-Louis
Les coulisses et les nouveautés de la maison.
Baptême de Clovis
Sainte Clotilde, la reine qui a changé un roi

On raconte la conversion de Clovis comme une affaire d'hommes, de batailles et d'évêques. Au centre se tient pourtant une jeune femme qui ne commande aucune armée et ne porte pas d'épée. Elle s'appelle Clotilde, elle vient du royaume burgonde, et elle passe une grande partie de sa vie à convaincre un roi qui n'a aucune envie d'être convaincu.
C'est une très belle histoire à partager avec un enfant, à condition de dire d'où elle nous vient. Presque tout ce que nous savons d'elle passe par un seul auteur, Grégoire de Tours, qui rédige son Histoire des Francs dans les années 570 à 590, une trentaine d'années après la mort de la reine.
Une enfance burgonde, au milieu des rivalités
Clotilde naît vers 474 ou 475 dans le royaume burgonde, qui s'étend sur la vallée du Rhône, la Saône et une partie des Alpes. Elle est fille de roi. Son père, Chilpéric, règne aux côtés de ses frères, dont Gondebaud, dans un partage familial qui tourne vite à la rivalité.
Grégoire de Tours raconte que Gondebaud fait tuer Chilpéric et noyer son épouse, et que Clotilde échappe au massacre. Les historiens prennent ce récit avec précaution : il ressemble à ce que l'on écrit pour noircir un roi arien face à une future sainte. Le climat religieux, lui, est bien établi. La cour burgonde est largement arienne, un christianisme qui refuse la pleine divinité du Christ, tandis que Clotilde est catholique. Elle apprend donc très tôt à tenir une position minoritaire sans élever la voix.
Un mariage qui est d'abord un traité
Vers 492 ou 493, Clovis demande sa main et Gondebaud accepte. L'union arrange deux royaumes voisins et donne au roi des Francs une épouse de sang royal. Les chroniqueurs en ont fait un coup de foudre, la diplomatie suffit à l'expliquer, et plusieurs historiens placent l'union vers 500.
Clovis, lui, n'est pas chrétien. Il honore les dieux de ses pères, il gagne ses batailles, il n'a aucune raison de changer. Clotilde ne lui demande pas de renoncer à son pouvoir, elle lui parle de son Dieu, patiemment, année après année. C'est son unique moyen d'action. Cet entêtement doux est le fil de l'univers illustré de Sainte Clotilde.
Le berceau vide
Le premier fils du couple s'appelle Ingomer. Clotilde obtient de le faire baptiser et, selon Grégoire, elle fait tendre l'église de voiles et de tentures pour que la cérémonie frappe son mari. L'enfant meurt peu après, encore vêtu du blanc des baptisés.
La scène qui suit est l'une des plus dures du récit. Clovis reproche à sa femme la mort du petit : si l'enfant avait été confié aux dieux francs, dit-il, il vivrait encore. Clotilde ne recule pas. Quand naît leur deuxième fils, Clodomir, elle le fait baptiser lui aussi. L'enfant tombe malade, on le croit perdu, il guérit.
Le parallèle entre ces deux baptêmes sent la construction d'auteur. La scène dit pourtant une chose vraie de l'époque : dans un couple, une conversion se paie, parfois en enfants morts.
Tolbiac, le vœu au milieu du désastre
Vient ensuite la bataille. Clovis affronte les Alamans en Rhénanie, sur un champ que la tradition nomme Tolbiac, sans doute Zülpich, près de Cologne. Grégoire raconte que l'armée franque plie, que Clovis voit ses hommes tomber, qu'il appelle le Dieu de Clotilde et promet de se faire baptiser s'il l'emporte. Les Alamans reculent, leur roi tombe, la journée est gagnée.
Deux prudences s'imposent. La date d'abord : on lit partout 496, mais une lettre du roi ostrogoth Théodoric au sujet d'une victoire de Clovis sur les Alamans a conduit plusieurs historiens à proposer 506. Le vœu ensuite : il ressemble à celui de l'empereur Constantin avant le pont Milvius, et un auteur chrétien avait toutes les raisons de le dessiner. Que Clovis ait basculé un jour de bataille reste possible, que la scène nous soit parvenue arrangée est probable.
Reims, la nuit de Noël
Une tradition presque unanime place le baptême à Reims, une nuit de Noël, sous la main de l'évêque Remi. La seule source contemporaine est une lettre d'Avit, évêque de Vienne, qui n'assiste pas à la cérémonie : elle confirme la fête de Noël, elle ne nomme ni la ville ni l'année. La date de 496 se calcule à partir de Grégoire, qui rattache le baptême à la victoire sur les Alamans. La majorité des historiens penchent aujourd'hui pour 498 ou 499, quelques-uns pour une date plus tardive.
L'essentiel n'est pas de trancher, il est de mesurer la portée du geste. Clovis ne devient pas arien comme les rois goths et burgondes de son temps, il devient catholique, comme la population gallo-romaine qu'il gouverne et comme les évêques des villes. Pour comprendre l'homme que Clotilde épouse, l'épisode du vase de Soissons raconté aux enfants reste la meilleure porte d'entrée.
Trente ans de veuvage, et une vieillesse difficile
Clovis meurt en 511 et le royaume revient à ses quatre fils, dont les trois de Clotilde. Elle ne se remarie pas, elle s'installe à Tours, près du tombeau de saint Martin, et mène une vie de prière et de fondations. Avec Clovis, elle avait choisi la colline parisienne de la basilique des Saints-Apôtres, future abbaye Sainte-Geneviève.
Sa vieillesse n'a rien de paisible. Grégoire lui prête un rôle dans la guerre que ses fils mènent contre la Burgondie, par vengeance familiale, ce qui prolonge un peu trop bien son récit du massacre. Son fils Clodomir y meurt, à Vézeronce, en 524. Quelques années plus tard, Childebert et Clotaire veulent écarter les enfants de leur frère. On présente alors à la vieille reine des ciseaux et une épée, le cloître ou la mort, et le récit lui prête une réponse terrible dont rien ne garantit l'authenticité. Deux de ses petits-fils sont tués, le troisième, Clodoald, est sauvé et entre en religion : c'est le futur saint Cloud.
Clotilde meurt à Tours un 3 juin, en 544 ou 545. Ses fils ramènent son corps à Paris et l'ensevelissent auprès de Clovis. Son culte ne prend vraiment corps qu'à partir du dixième siècle, lorsqu'une Vie de sainte Clotilde fixe l'image de la reine qui conseille et qui convertit. Ce texte très tardif, plus encore que Grégoire, a façonné la Clotilde des vitraux.
Ce que son histoire apprend à un enfant
Clotilde n'a pas gagné une bataille, elle a gagné une conversation qui dure des années. C'est une force que les enfants reconnaissent aussitôt : tenir sa position sans crier, encaisser un reproche injuste, recommencer le lendemain. Notre album Je Découvre Sainte Clotilde suit ce fil, de la petite Burgonde à la vieille reine de Tours, dans un livre illustré pour enfant qui ne cache ni le deuil ni les doutes.
Pour les parents, comment la raconter
Trois repères à garder en tête
- Ce qui est sûr : Clotilde est burgonde et catholique, elle épouse Clovis, le roi reçoit le baptême une nuit de Noël, elle lui survit plus de trente ans.
- Ce qui est discuté : l'année du mariage, l'année de Tolbiac, l'année du baptême, le poids réel de Clotilde dans la décision du roi.
- Ce qui vient du récit : le massacre de ses parents, les paroles échangées après la mort d'Ingomer, le vœu de Tolbiac, la scène des ciseaux et de l'épée.
Une façon simple de mener la lecture
- Racontez la mort d'Ingomer et le reproche de Clovis, puis arrêtez-vous là.
- Demandez à l'enfant ce que Clotilde devrait faire ensuite. Les réponses valent souvent mieux que les nôtres.
- Racontez alors le deuxième baptême, celui de Clodomir, et laissez le courage du geste parler tout seul.
- Terminez par une question utile : comment fait-on changer d'avis quelqu'un sans se disputer ?
Beaucoup d'enfants trouvent Clovis injuste, et ils ont raison. C'est l'occasion de leur dire que les grandes décisions se préparent longtemps, souvent par ceux dont personne ne retient le nom.