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Charles VII

Pourquoi les rois de France étaient sacrés à Reims

Août 2026 · par Éditions Saint-Louis

Pourquoi les rois de France étaient sacrés à Reims

C'est une question que les enfants posent sans détour, souvent devant une cathédrale : pourquoi les rois de France vont-ils se faire sacrer à Reims, alors qu'ils vivent à Paris ? La réponse tient dans une histoire longue de treize siècles, avec un fait solide au départ, une légende splendide posée par-dessus, et une cérémonie qui transforme un prince en roi. Voici de quoi répondre, en séparant ce que l'on sait de ce que l'on croyait.

Tout commence par un baptême, pas par un sacre

Au départ, il y a Clovis, roi des Francs, qui se fait baptiser à Reims par l'évêque Remi, sans doute une nuit de Noël, dans le baptistère de l'église qui précède l'actuelle cathédrale. Sur la date, les historiens discutent encore : on a longtemps retenu 496, à la suite de Grégoire de Tours, puis la recherche a déplacé l'événement vers 498 ou 499, et quelques médiévistes proposent une conversion plus tardive. Notre source principale écrit entre 573 et 594, soit près d'un siècle après les faits, ce qui explique cette prudence.

Il faut lever un contresens très répandu : Clovis n'est pas sacré ce jour-là, il est baptisé. Il devient chrétien, il ne devient pas roi, puisqu'il l'est déjà. Le sacre des rois apparaît beaucoup plus tard, à l'époque carolingienne. Mais Reims garde le souvenir de ce baptême, et ce souvenir va lui offrir un privilège que toutes les autres villes lui envient.

La Sainte Ampoule, une légende née quatre siècles après

La légende est célèbre : pendant le baptême, la foule serait si dense que le clerc chargé du saint chrême ne peut pas approcher, alors une colombe descend du ciel et dépose dans les mains de Remi une petite fiole d'huile. C'est la Sainte Ampoule, une huile qui ne vient pas des hommes mais de Dieu.

Ce récit est une construction tardive, et mieux vaut le dire aux enfants. Grégoire de Tours ne parle ni de colombe ni de fiole, et aucun auteur proche de l'événement ne le fait. Le premier à raconter le miracle est Hincmar, archevêque de Reims de 845 à 882, dans des textes consacrés à saint Remi, dont une Vie de saint Remi achevée vers la fin des années 870. Nous sommes à près de quatre siècles du baptême. Hincmar est un homme d'Église brillant et un politique redoutable : en reliant le baptême de Clovis à l'onction des rois, il fait de son siège épiscopal le seul endroit du royaume où l'on peut fabriquer un roi complet.

Légendaire ne veut pas dire sans effet. La Sainte Ampoule existe bel et bien comme objet, et son huile sert vraiment : on en prélève une parcelle minuscule que l'on mêle au saint chrême. Pendant des siècles, des armées se mettent en marche pour conduire un roi jusqu'à elle, et un récit que tout le monde croit finit par peser aussi lourd qu'un fait.

Ce que le sacre ajoute vraiment au pouvoir du roi

Un détail surprend souvent les enfants : le roi est déjà roi avant la cérémonie, par héritage. Le sacre ne lui donne pas le titre, il le rend sacré, littéralement, donc très difficile à contester. Voici les grandes étapes du rite.

  1. Le serment : le roi promet de protéger l'Église, de maintenir la paix et de rendre la justice. Il s'engage devant Dieu, ce qui donne un contenu à sa fonction.
  2. Les gestes de chevalerie : on lui présente les éperons d'or, puis l'archevêque lui remet l'épée dite Joyeuse, réputée celle de Charlemagne. Le roi est aussi un chef de guerre.
  3. L'onction : c'est le cœur de la cérémonie. L'archevêque trace des croix avec le mélange d'huile sur la tête, la poitrine, les épaules et les mains. Seul le roi de France reçoit l'huile de la Sainte Ampoule, la reine reçoit le saint chrême ordinaire.
  4. Les regalia : l'anneau, le sceptre dans la main droite, la main de justice dans la main gauche, puis la couronne, un cercle d'or aux quatre fleurs de lys. Chaque objet dit une part du métier de roi.
  5. L'intronisation : le roi s'assied sur le trône, les pairs l'acclament, les trompettes sonnent et l'assemblée reprend le cri.

Le mot juste est bien le sacre, pas le couronnement : en France, l'essentiel n'est pas la couronne posée sur la tête, c'est l'huile posée sur la peau. On croit d'ailleurs qu'elle donne au roi un pouvoir de guérison, celui de toucher les malades atteints d'écrouelles, ces ganglions du cou gonflés. Louis XVI en touche encore près de deux mille quatre cents en 1775. Cinquante ans plus tard, Charles X n'en touche plus que cent vingt et un.

1429, le sacre que Jeanne d'Arc arrache pour Charles VII

Voilà pourquoi une jeune fille de Domrémy insiste tellement pour conduire son roi à Reims. En 1429, Charles VII n'est qu'un héritier contesté, moqué sous le nom de petit roi de Bourges, pendant que les Anglais et leurs alliés bourguignons tiennent le nord du pays. Après la levée du siège d'Orléans, beaucoup de capitaines veulent reprendre des villes utiles. Jeanne veut la ville de l'huile sainte, et elle a raison sur le fond : sans sacre, Charles reste un prétendant parmi d'autres.

La chevauchée traverse un territoire hostile, les villes ouvrent leurs portes une à une, et le dimanche 17 juillet 1429, Charles VII est sacré dans la cathédrale par l'archevêque Regnault de Chartres. Jeanne se tient près de l'autel, son étendard à la main. À partir de ce jour, le roi de France a un visage légitime, et la reconquête change de nature. Si votre enfant veut la suite, nous la racontons dans l'histoire de Jeanne d'Arc racontée aux enfants.

La fin d'une longue tradition

Le premier sacre célébré à Reims est celui de Louis le Pieux, fils de Charlemagne, que le pape Étienne IV couronne empereur en 816. La règle s'installe vraiment avec Henri Ier, sacré en 1027, et près d'une trentaine de souverains se succèdent ensuite dans la cathédrale. Les exceptions s'expliquent : Louis VI est sacré à Orléans en 1108 parce qu'il doit faire vite et que la route est peu sûre, Henri IV à Chartres en 1594 parce que Reims est aux mains de ses adversaires.

La rupture vient de la Révolution. Le 7 octobre 1793, la Sainte Ampoule est brisée en public à Reims. Des fragments sont sauvés discrètement, et l'on s'en sert encore pour le sacre de Charles X, le 29 mai 1825, qui reste le dernier de notre histoire. Napoléon, lui, préfère Paris et une autre mise en scène en 1804. Louis XVIII, puis Louis-Philippe, renoncent à la cérémonie. La légitimité ne descend plus du ciel, elle se discute dans les assemblées.

Pour les parents, comment en parler à la maison

Ce sujet est idéal pour apprendre à un enfant la différence entre un fait et un récit, sans casser la magie. Trois pistes fonctionnent très bien.

  • Poser la question à l'envers. Demandez à votre enfant ce qu'il ferait, lui, pour prouver qu'il est le vrai roi. Il invente presque toujours une cérémonie, un objet unique et des témoins. Il retrouve la logique du sacre tout seul.
  • Trier ensemble. Prenez trois affirmations : Clovis est baptisé à Reims, une colombe apporte une fiole, la cérémonie donne au roi le pouvoir de guérir. Faites classer chacune en fait établi, légende, ou croyance de l'époque.
  • Voir les lieux. La cathédrale de Reims et le palais du Tau, juste à côté, conservent le reliquaire de la Sainte Ampoule et les souvenirs des cérémonies. Une visite rend tout cela concret en une heure.

Pour prolonger la lecture, notre album illustré Je découvre Jeanne d'Arc raconte la chevauchée jusqu'à Reims à hauteur d'enfant, et vous retrouverez les autres figures de la même époque dans la galerie de nos héros de l'Histoire de France.

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