La Gazette Saint-Louis
Les coulisses et les nouveautés de la maison.
Aliénor d'Aquitaine
Les femmes qui ont fait l'Histoire de France

Quand un enfant réclame une histoire de roi, un nom vient tout de suite. Quand il réclame une histoire de reine, beaucoup de parents sèchent, et des enseignants aussi. Ce n'est pas que les femmes manquent dans l'histoire de France, c'est qu'on les raconte moins. Elles sont pourtant là, dans les chroniques, dans les actes, dans les minutes d'un procès.
En voici quatre, dans l'ordre. Pour chacune, nous séparons ce qu'elle a fait, ce que la légende a ajouté, et ce qu'un enfant peut en garder. Vous les retrouvez sur la page de nos héros.
Sainte Clotilde, la reine qui fait basculer un royaume
Ce qui est attesté
Clotilde est une princesse burgonde, chrétienne, mariée à Clovis vers 493. La plupart des rois germaniques chrétiens suivent alors l'arianisme. Elle, non. Notre source principale, l'Histoire des Francs de Grégoire de Tours, est écrite près d'un siècle après les faits, et Grégoire insiste : c'est la reine qui presse son mari de se faire baptiser. Elle fait baptiser leur premier fils, qui meurt aussitôt, et Clovis lui reproche son Dieu. Le roi reçoit le baptême à Reims, des mains de l'évêque Rémi. La date n'est pas tranchée : on a longtemps retenu Noël 496, beaucoup d'historiens proposent aujourd'hui 498 ou 499, d'autres 506 ou 508. On connaît l'événement, on discute encore l'année.
Ce qui relève de la légende
La colombe qui apporte la Sainte Ampoule est une addition tardive : elle sort de la plume d'Hincmar, archevêque de Reims au IXe siècle, plus de trois cents ans après. Aucun contemporain de Clovis n'en parle, et la fleur de lys venue du ciel est plus tardive encore.
Ce qu'un enfant retient : on peut infléchir un royaume par la patience, sans armée. Son récit est sur la page consacrée à sainte Clotilde et dans l'album Je Découvre Sainte Clotilde.
Aliénor d'Aquitaine, deux fois reine et jamais docile
Ce qui est attesté
Née vers 1122, Aliénor hérite du duché d'Aquitaine en avril 1137 et épouse le 25 juillet l'héritier du trône, qui devient Louis VII quelques jours plus tard. Elle apporte le plus vaste territoire du royaume et suit son mari à la deuxième croisade, de 1147 à 1149. Faute d'entente et de fils, le mariage est annulé le 21 mars 1152 à Beaugency pour cause de parenté. Moins de deux mois après, elle épouse Henri Plantagenêt, roi d'Angleterre en 1154 : la voilà reine une seconde fois. Ils ont huit enfants, dont Richard Cœur de Lion et Jean sans Terre. En 1173, elle soutient la révolte de ses fils, et Henri II la tient enfermée quinze ans, jusqu'à la mort de celui-ci en 1189. Passé soixante ans, elle gouverne enfin vraiment : elle administre pour Richard parti en croisade, rassemble sa rançon, traverse les Pyrénées vers 1200 pour chercher sa petite-fille Blanche. Elle meurt en 1204 et repose à Fontevraud.
Ce qui relève de la légende
Les fameuses « cours d'amour » de Poitiers, où Aliénor aurait jugé des affaires de sentiment, n'ont pas existé. Elles viennent d'un traité d'André le Chapelain, vers 1185, puis de la confusion d'un érudit du XVIe siècle. L'amazone chevauchant en tête des croisées est une broderie du même genre.
Ce qu'un enfant retient : une vie ne se joue pas d'un coup : sa partie la plus utile commence après quinze ans d'enfermement. Elle a sa page de héros, son album Je Découvre Aliénor d'Aquitaine et un petit album cartonné.
Blanche de Castille, celle qui tient le royaume
Ce qui est attesté
Blanche naît en 1188 à Palencia, fille du roi de Castille et petite-fille d'Aliénor. Mariée en 1200 au futur Louis VIII, elle devient reine en 1223. Son mari meurt le 8 novembre 1226 en laissant un fils de douze ans. Blanche gouverne. Elle fait sacrer Louis IX à Reims dès le 29 novembre, trois semaines après, pour couper court aux ambitions des grands. Elle affronte les révoltes de barons et l'hostilité anglaise, et tient. En 1229, le traité de Paris met fin à la croisade contre les albigeois et fait entrer le comté de Toulouse dans l'orbite royale. Elle gouverne une seconde fois à partir de 1248, quand Louis IX part en croisade, et réunit l'énorme rançon exigée après sa capture. Elle meurt le 27 novembre 1252. Rien de cela ne s'est fait en douceur : en 1229 aussi, la répression d'une émeute vide l'université de Paris pendant deux ans.
Ce qui relève de la légende
On la dit souvent première régente de France, ce qui est discutable : Anne de Kiev avait déjà été associée au gouvernement en 1060. Les rumeurs sur sa vie privée, avec le légat du pape ou Thibaud de Champagne, viennent de ses adversaires. Quant à la mère jalouse qui sépare Louis IX de son épouse, la scène nous arrive par Joinville, un demi-siècle après.
Ce qu'un enfant retient : gouverner, c'est d'abord tenir, jour après jour, quand tout le monde attend que vous tombiez. Voir la page consacrée à Blanche de Castille et, pour son fils, Mon Roi Ma Reine Saint Louis.
Jeanne d'Arc, la fille de Domrémy qui renverse une guerre
Ce qui est attesté
Jeanne naît vers 1412 à Domrémy. Vers treize ans, elle dit entendre des voix. En 1429, elle obtient de Robert de Baudricourt une escorte pour Chinon, rencontre le dauphin Charles, puis passe devant des clercs à Poitiers. Le 8 mai 1429, le siège d'Orléans est levé. Le 17 juillet, Charles VII est sacré à Reims, elle se tient près de lui avec son étendard. Le 23 mai 1430, elle est capturée à Compiègne, vendue aux Anglais, jugée à Rouen à partir du 9 janvier 1431, brûlée le 30 mai. Un procès en nullité la réhabilite en 1456, et elle est canonisée en 1920. Un détail frappe les enfants, dans les minutes du procès : interrogée sur ses armes, elle répond qu'elle aimait son étendard quarante fois plus que son épée, et qu'elle n'a jamais tué.
Ce qui relève de la légende
La petite bergère est une image commode : au procès, Jeanne parle de filer et de coudre, pas de garder les troupeaux. On lui prête aussi un « signe » spectaculaire donné au roi à Chinon : elle refuse longtemps d'en parler, puis en livre un récit allégorique.
Ce qu'un enfant retient : une adolescente sans titre ni fortune peut être écoutée, et tout se joue en un an. Voir sa page de héros, l'album Je Découvre Jeanne d'Arc et notre article Jeanne d'Arc racontée aux enfants.
Celles que nous ne publions pas encore
Notre catalogue ne couvre pas tout, et il serait malhonnête de le laisser croire. Quatre noms méritent d'entrer dans une séance de classe :
- Sainte Geneviève (vers 420, vers 502), qui devant la menace d'Attila en 451 convainc les Parisiens de rester.
- Christine de Pizan (vers 1364, vers 1430), qui vit de sa plume et signe le seul texte français consacré à Jeanne d'Arc écrit de son vivant.
- Anne de Bretagne (1477-1514), duchesse souveraine et deux fois reine de France, qui négocie pied à pied le sort de son duché.
- Marie Curie (1867-1934), née à Varsovie et savante à Paris, deux prix Nobel dans deux disciplines.
Si l'une d'elles vous manque, écrivez-nous.
Comment les raconter, à la maison ou en classe
- Commencez par un lieu, pas par une date. Reims pour Clotilde, Fontevraud pour Aliénor, Maubuisson pour Blanche, Domrémy pour Jeanne. Un endroit accroche avant une chronologie.
- Séparez à voix haute les deux registres. Dites « ça, c'est écrit dans un document », puis « ça, c'est une histoire qu'on raconte depuis ». De l'esprit critique sans en avoir l'air.
- Posez la question de la source. Qui a écrit, et combien d'années après ? Grégoire de Tours un siècle après Clotilde, Joinville un demi-siècle après Blanche.
- Faites-leur fabriquer quelque chose. Une frise où les quatre femmes se glissent entre les rois, un vrai ou faux de dix questions. Nos fiches gratuites par héros et la frise murale de la classe sont sur la page de téléchargement.
Replacez-les dans la suite des règnes avec les rois de France dans l'ordre. Pour la classe, voir nos ressources pédagogiques et l'espace École. À la maison, un livre illustré pour enfant lance la conversation : la page Je Découvre et les formats cartonnés Mon Roi Ma Reine.