La Gazette Saint-Louis
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14 juillet
La Révolution française expliquée aux enfants

La Révolution française est sans doute la période la plus délicate à raconter à un enfant. Elle réunit des mots magnifiques, liberté, égalité, droits, et des scènes très dures. Parents et enseignants hésitent : faut-il tout dire, faut-il attendre ? Un enfant comprend pourtant très bien un récit clair, si on lui donne les raisons plutôt que des images violentes.
Voici un fil simple, dans l'ordre, avec les dates que retient l'école et les points où les historiens discutent encore. Dire « on ne sait pas tout » apprend que l'histoire se vérifie.
Pourquoi la France de 1789 ne tient plus
Deux crises se rejoignent, et leur rencontre rend l'année 1789 explosive. La première est financière. Le royaume s'épuise en guerres, notamment en soutenant les insurgés américains contre l'Angleterre de 1778 à 1783. Cet appui coûte plus d'un milliard de livres, financé presque entièrement par l'emprunt. Louis XVI hérite d'une dette énorme et d'un système d'impôts auquel la noblesse et le clergé échappent en grande partie.
La seconde crise est alimentaire. Les intempéries de 1787, puis la sécheresse et la grêle de juillet 1788, ruinent la récolte. L'hiver 1788-1789 est glacial. Au printemps 1789, le prix du pain s'envole à Paris et atteint le 14 juillet son plus haut niveau du siècle. Il absorbe alors près de neuf dixièmes du salaire d'un ouvrier, contre la moitié d'ordinaire.
Ajoutez une société divisée en trois ordres, le clergé, la noblesse et le tiers état, qui rassemble l'immense majorité des Français. Quand le roi convoque les États généraux et demande à chaque paroisse d'écrire ses plaintes dans un cahier de doléances, il ouvre une porte qu'il ne referme plus.
Les États généraux et le serment du Jeu de paume
Les États généraux s'ouvrent à Versailles le 5 mai 1789. La dispute porte vite sur une question technique qui décide de tout : vote-t-on par ordre, ce qui donne deux voix sur trois au clergé et à la noblesse, ou par tête, ce qui avantage le tiers état ?
Faute de réponse, les députés du tiers état se proclament Assemblée nationale le 17 juin 1789, rejoints par des membres des deux autres ordres. Le 20 juin, ils trouvent leur salle fermée. Ils se replient dans une salle voisine où l'on joue à la paume, l'ancêtre du tennis, et jurent de ne pas se séparer avant d'avoir donné une constitution au royaume. Le pouvoir, décident-ils, appartient à la nation et non au seul roi.
Le 14 juillet, et ce que la prise de la Bastille signifie vraiment
Le 11 juillet 1789, Louis XVI renvoie Necker, son ministre des finances très populaire. Des régiments se rassemblent autour de Paris et la ville a peur. Le 14 juillet au matin, la foule prend des milliers de fusils aux Invalides, puis marche sur la Bastille, moins pour délivrer des prisonniers que pour s'emparer de la poudre.
Autant le dire nettement : la Bastille ne détient que sept prisonniers ce jour-là, et sa prise n'a presque aucune portée militaire. Sa force est symbolique. La forteresse incarne les lettres de cachet, ces ordres qui permettent d'enfermer quelqu'un sans jugement. La journée fait des morts des deux côtés, et le gouverneur est tué après la reddition. On ne cache pas cela à un enfant, on ne le met pas non plus en images.
Un détail intrigue les classes : la loi du 6 juillet 1880, qui fait du 14 juillet la fête nationale, ne dit pas quel 14 juillet on célèbre, celui de 1789 ou la fête de la Fédération de 1790. L'ambiguïté est volontaire.
La nuit du 4 août et la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen
Pendant l'été, les campagnes s'agitent. Des rumeurs de complot courent, des châteaux sont attaqués : c'est la Grande Peur. Le 4 août 1789 au soir, l'Assemblée siège jusqu'au cœur de la nuit et vote la fin des privilèges.
L'honnêteté oblige ici à nuancer. Les privilèges honorifiques disparaissent aussitôt et sans compensation, mais les droits que les seigneurs perçoivent sur les terres sont déclarés rachetables : les paysans doivent les payer pour s'en libérer. Les décrets des 4 au 11 août fondent la France moderne, et ils calment une révolte qui inquiète les députés.
Le 26 août 1789, l'Assemblée adopte la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, dix-sept articles courts et limpides. Il faut compléter aussitôt : les femmes ne reçoivent aucun droit politique, et Olympe de Gouges publie en septembre 1791 sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. Un grand texte peut être immense et incomplet.
La fin de la monarchie, puis la Terreur
La suite s'accélère. Le roi tente de fuir et se fait arrêter à Varennes en juin 1791, ce qui brise la confiance. La France déclare la guerre à l'Autriche en avril 1792, puis à d'autres monarchies. Le 10 août 1792, le palais des Tuileries est pris et le roi suspendu. Le 21 septembre 1792, la Convention abolit la royauté, et la République date du lendemain. Louis XVI est jugé, condamné, puis exécuté le 21 janvier 1793.
Vient la période la plus sombre. La France est attaquée à ses frontières et déchirée à l'intérieur, notamment dans l'Ouest. Le gouvernement révolutionnaire installe un tribunal d'exception et une loi qui permet d'arrêter les « suspects ». Des milliers de personnes sont condamnées à mort, souvent pour leurs opinions, y compris d'anciens révolutionnaires. Robespierre, qui a défendu ce système, tombe à son tour le 27 juillet 1794.
Les chiffres restent discutés. L'historien américain Donald Greer, en 1935, recense environ 16 600 exécutions prononcées par des tribunaux et estime le total des morts entre 35 000 et 40 000, décès en prison et tueries sans jugement compris. Ce décompte laisse de côté les victimes de la guerre de Vendée, et d'autres estimations sont plus élevées. L'explication divise aussi : pour Albert Soboul, la Terreur naît des circonstances et de la guerre, tandis que François Furet la rattache à l'idéologie révolutionnaire.
Ce qu'il en reste, et comment on arrive à Napoléon
Une révolution ne se juge pas à ses seuls drames. Beaucoup de ce que nous utilisons chaque jour naît de ces années : les départements, l'état civil tenu par les mairies, le système métrique, l'idée qu'une constitution s'impose au pouvoir. La Déclaration de 1789 figure toujours parmi nos textes fondamentaux.
Le bilan comporte des allers-retours durs à entendre. L'esclavage est aboli par la Convention le 4 février 1794, mais le décret reste inégalement appliqué, puis Bonaparte le rétablit en mai 1802. L'abolition ne devient définitive qu'en 1848. Ce contraste s'explique, il ne s'excuse pas, et un enfant a le droit de le connaître.
Après la Terreur, la République cherche son équilibre avec le Directoire, mis en place à l'automne 1795. Beaucoup de Français réclament l'ordre. Le 9 novembre 1799, le 18 brumaire an VIII, un jeune général victorieux en Italie renverse le Directoire. Il s'appelle Napoléon Bonaparte, proclamé empereur des Français en mai 1804 et sacré le 2 décembre. Les historiens débattent de la date de fin de la Révolution, 1799 pour les uns, 1804 pour les autres.
Pour la suite, lisez notre article Napoléon expliqué aux enfants et découvrez l'album Je Découvre Napoléon Ier, qui raconte ce parcours en images.
Pour la maison et pour la classe
À l'école, la Révolution relève du cycle 3. Le nouveau programme, fixé par l'arrêté du 22 avril 2026, s'applique au CM1 dès la rentrée 2026 et referme l'année sur un thème consacré à 1789. La République et l'Empire passent au CM2, où il entre en vigueur en 2027. Voici comment l'aborder.
- Commencer par le pain et par la dette, jamais par la violence : l'enfant a besoin d'une cause avant un événement.
- Poser quatre dates seulement : 1789, 1792, 1794, 1804.
- Lire ensemble l'article premier de la Déclaration, puis demander ce qu'il change.
- Nommer la violence sans la décrire, et redire qu'elle frappe aussi ceux qui l'ont organisée.
- Terminer sur ce qui dure : les mairies, les départements, les droits, le vote.
Trois questions ouvrent la discussion :
- Pourquoi une prison presque vide devient-elle le symbole de tout un régime ?
- Un texte qui proclame l'égalité peut-il oublier la moitié du pays ?
- Que se passe-t-il quand on décide que la fin justifie les moyens ?
Pour prolonger, notre sélection de 10 dates d'histoire de France pour l'école primaire replace ces événements dans le temps long, et nos fiches et coloriages gratuits à télécharger comprennent une frise murale pour la classe.